Afrique - Méditerranée ou la mémoire de l’extension et de commune


Afrique - Méditerranée ou  la mémoire de l’extension et de commune

La IVe édition du Festival International de Cinéma de la mémoire commune se tiendra dans la ville de Nador fin printemps prochain, dans un contexte régional assez particulier, qui met une grande partie du continent africain et de la Méditerranée au cœur de l'actualité du monde, en termes d'orientation politique ou encore de l'émergence de nouvelles valeurs, ce qui affecte profondément la stabilité de la région.

I. Paris et défis communs
1. D’abord, des préoccupations d’ordre sécuritaire
a. Depuis quelques années, l’impact régional de l’engrenage syrien s’est aggravé et ses répercussions sur le plan géostratégique continuent de plus belle. A cela, il faudrait ajouter que l'intransigeance israélienne et la division de la résistance palestinienne, contribue au renforcement du mouvement djihadiste dans l’ensemble la région, et devient l'une des principales raisons de son existence, avec une forte croissance de la violence et de la contre-violence, fauchant ainsi des victimes innocentes de deux côtés.

b. Le versant africain de la Méditerranée n’a pas échappé à son tour aux tourmentes méditerranéennes. Ainsi depuis fin 2010, de nombreux régimes totalitaires se sont écroulés. Des régimes, qui, par ailleurs, entretenaient d’excellences relations avec certains pays démocratiques de par le monde. Ce qui a d’ailleurs rendu difficile la construction de nouveaux Etats, qui garantiraient la coexistence pacifique entre leurs différentes composantes. A cela, fut évoquée la question de gestion de la différence dans le cadre d’un Etat de droit et des institutions, ainsi que la résolution des questions relatives aux libertés individuelles et collectives, à la justice sociale et à la dignité.

Néanmoins, chacune de ces sociétés qui furent le théâtre de ces "soulèvements populaires", a vécu des expériences qui lui sont propres, imposées par aussi bien par les composantes ethniques et culturelles que par des contraintes d’ordre politique. Quant aux sociétés qui ont pu échapper à ces violents soubressauts, elles ont opté pour des choix politiques qui ne font que prolonger le statu quo existant, et dont l’issue sera certes tout aussi violente, si un véritable processus de construction démocratique n’est pas engagé. Aussi, sur le plan régional, l’expérience marocaine est intéressante et exemplaire à bien des égards, et ce en termes de dépassement de la crise et de construction future.

2. La transformation des valeurs sur la rive nord de la Méditerranée:

En effet, les pays européens de la rive nord de la Méditerranée ont déployé toute une armada juridique et idéologique qui jugulerait les flux migratoires vers l'Europe ; pis encore, elle arrête les migrants qui subissent des traitements inhumains dans des camps d’enfermements délabrés. Ce faisant, nous assistons à un effondrement des valeurs, ce qui nourrit les courants de l'extrême-droite, qui adoptent un discours basé sur le racisme et la xénophobie comme c'est le cas en France et en Grèce, ce qui constitue une véritable menace pour les valeurs que la Méditerranée a connues depuis le temps des Phéniciens.
À la lumière de cet effondrement, la crise libyenne n’a fait que renforcer le phénomène de l'immigration illégale en provenance de l’Afrique profonde vers côtes européennes, mettant ainsi en avant des défis sans précédent, qui sont certes difficiles à gérer en l'absence d’une approche solidaire sur les plans nationaux et régionaux. Ils sont une centaine de milliers d’africains à naviguer tous les ans vers l’inconnu, vers l’espoir. Ils quittent leurs pays en quête d'une vie meilleure en tentant d'accéder à l'Europe. Mais des milliers d’entre eux ne réapparaitront jamais de l’autre côté de la Méditerranée.

3. Les initiatives et les choix quant à la stabilité de la Méditerranée:

Au milieu des crises, un certain nombre de pays méditerranéens ont fait naufrage à cause de problèmes d’ordre sécuritaire, mais aussi à cause d’une classe dirigeante vieillissante, plongeant davantage les sociétés dans un avenir incertain. Se posent alors la question: Quel espace voulons-nous construire pour la Méditerranée ? Quel Etat voulons-nous édifier sur les ruines des dictatures dans les pays du soi-disant «printemps arabe»? Y a t-il des formules pour chercher les grandes valeurs humaines communes dans le bassin méditerranéen, en vue de faire régner la liberté, la démocratie et l'acceptation de l’autre? Quelles seraient les solutions aux problèmes économiques et financiers auxquels la région devrait faire face?
II. L’avenir des relations entre la Méditerranée et l’Afrique :

L'avenir des relations entre la Méditerranée et l’Afrique induit de grands questionnements. En plus des questionnements relatifs à la mémoire partagée et, qui nécessiteraient une approche particulière et inventive surtout, quand il s’agit du temps colonial avec tout ce que cela a pu impliquer en matière de violations des droits de l'homme et, dont l’impact économique persiste à ce jour ; sans oublier la période postcoloniale, caractérisée par la mise en place de dictatures qui maintiendront le système de pillage des ressources, de contrôle politique, économique et la violation des droits de l'homme dans la plupart des pays africains. Se posent alors d'autres questions, telles que:

- Quel est le rôle des pays méditerranéens et des élites politiques et civils dans la diffusion d'une culture de dialogue avec les pays africains?

- Est-ce que les pays méditerranéens - en particulier ceux de la rive sud – ont noué des relations avec les pays africains, en vue de mettre de l'homme, dans le cadre de la coopération Sud-Sud, au centre du développement économique?

- Est ce que le «miracle africain», visant à la construction d'une nouvelle civilisation mondiale, est toujours maintenu ?

- Quel rôle incombe aux pays méditerranéens dans la mise en place de ce «miracle africain»?

- Est-ce qu’il est possible de réfléchir à une nouvelle politique d'immigration, notamment pour les personnes originaires de l'Afrique sub-saharienne, qui prendrait en considération l'aspect humain, juridique et celui des droits de l'homme?

- Comment évaluer les expériences individuelles des différents pays méditerranéens dans ce domaine?
La IVe édition du Festival International de Cinéma et de la mémoire commune entend relier l’Afrique à la Méditerranée, et ce dans le contexte des transformations profondes que connaissent actuellement le pourtour méditerranéen. En particulier, en ce qui concerne les problématiques de la mémoire commune et ce qu’elle recèle en matière de disfonctionnements politiques, économiques et humains, et dont les répercussions sont palpables aujourd’hui encore ; sans oublier la crise des valeurs et tout ce qui est lié aux droits de l'homme, qu’il soit immigrant ou résident.

Aussi, pour la prochaine édition, le comité de sélection des films documentaires prendra en compte les œuvres cinématographiques qui ont approché les questions soulevées dans le présent argumentaire. Néanmoins, il laissera la porte ouverte pour les créations cinématographiques relevant du domaine des longs métrages, et ce en vue d’ouvrir le festival sur les dernières créations du cinéma méditerranéen et africain.