Nador ou cette riche pauvre ville ?


Nador ou cette riche pauvre ville ?
 
 
 
Il est quelques temps, le bureau provincial du PPs , a organisé une journée d’étude s’articulant autour du devenir de la ville de Nador ou encore d’un certain nombre de projets qui y voient le jour. Et pour plus de fidélité à l’histoire, l’initiative a été prise par deux camarades en concertation avec le modeste écrivain de ce texte. Des spécialistes donc, se réclamant de disciplines différentes, ingénieurs, architectes urbanistes, géographes, médecins hygiénistes, chercheurs en sciences sociales et humaines, juristes, historiens etc, étaient invités à réfléchir sur les perpétuelles mutations que connait la ville de Nador, que ce soit sur le plan infrastructurel, économique, ou encore  socioculturel. Naturellement, cette réflexion émane chez les concepteurs de la journée d’étude et chez les participants, d’un désir ardent de contribuer à faire de la ville de Mar chica, une agglomération à la hauteur de son histoire, de ses atouts et de ses richesses naturelles, à savoir la mer, les montagnes, l’étendue, une issue sur l’autre rive de la méditerranée. Bien entendu, tout cela ne peut acquérir pleinement sa valeur qu’une fois on accepte de l’associer à la courtoisie et à la vaillance des citoyens de cette ville, « agressifs » d’apparences, trompeuses a-t- on appris et de langage.    
Malheureusement, un seul partenaire a manqué l’événement, quoiqu’il ait été le premier à se faire convoqué à ce meeting, il s’agit de la commune de Nador, l’érection concerné directement par les axes de réflexion tracés auparavant par les organisateurs. Aucun représentant communal, donc, n’a été présent, ce qui a fait d’ailleurs l’objet de la première intervention d’un citoyen qui a qualifié cette absence d’absurde et à l’instant même, je me suis amusé à poser la question suivante : peut-on fêter un mariage comme institution sociale sans la présence effective du futur époux ?  Les représentants de la commune urbaine de Nador auront certainement l’audace de répondre par l’affirmatif. Peut importe, sans ou avec, spécialistes et citoyens marocains se sont concertés dans un climat d’échange et de flexibilité, ce qui s’expliquait d’ailleurs par le nombre colossal d’interrogations qui jaillissaient des quatre coins de la salle, lieu de la rencontre.
Ceci dit, je n’ai pas ici l’intention de reformuler tout ce qui a été dit. Il s’agit tout simplement de brosser un résumé de certaines remarques que j’ai avancées sous forme d’interrogations lors de ce colloque. Est- ce que Nador évolue ? On ne saurait le contester vu le nombre de taille de projets qui y sont déjà effectués ou en cours d’accomplissement. Des efforts à applaudir ont été déployés pour désenclaver la région de l’oriental en général taxée par des esprits « chauvinistes » de région ou encore d’un « Maroc non productif ». Je fais allusion aux projets établis avec succès par les chemineaux pour que la porte de l’Europe soit liée à d’autres villes par le biais d’un train qui atteint Marrakech, à la rocade grâce à laquelle on peut aller d’Oujda à Tanger en passant par Al Hoceima  les pieds dans l’eau, aux autoroutes liant directement le nord oriental à Agadir, à la création d’une faculté au niveau de Selwan qui a permis certainement à des étudiants d’éviter des déplacements couteux pour pouvoir poursuivre leurs études, au projet économique et touristique monumental Mar chica, au grand port de Bojafar et j’en passe. Tous ces gros œuvres s’inscrivent dans le cadre d’une vision globale initiée par sa Majesté le Roi, qui consiste à changer radicalement l’image classique, voulue des fois, de la ville de Nador comme un espace de tension, de la contrebande, de la contre façon  et où tous les mauvais instincts trouvent un refuge pour se métamorphoser rapidement et devenir de vraies barrières entravant toute tentative d’évolution.  
Le problème, et pour les Nadoriens de vieille souche et pour les visiteurs, se situe au niveau de l’investissement quasi absent ou très pauvre dans le socioculturel. Rappelons au passage que normalement, le politique, l’économique et le social ne doivent jamais se séparer si l’on aspire à un développement fiable, durable et rentable pour tous . Or dans la ville objet de débat, les espaces réservés aux arts en général ou à ce que Voltaire appelait « les cités des hommes » sont inexistants ;  un seul et unique centre culturel qui n’a pas été doté dès le départ des outils nécessaires en matière d’équipement pour pouvoir assumer pleinement sa fonction. Ni salle de cinéma, ni espace théâtral, aucun conservatoire destiné à initier les gens à la musique, un des arts raffinés, aucun club servant de lieu de rencontre et de bouillonnement culturel, bref, aucune trace de tout ce qui permet à l’homme de « se civiliser », c'est-à-dire de le faire passer d’un état primitif naturel à un état plus avancé. Tout cela semble avoir une existence rudimentaire à Nador comme dans d’autres petits patelins d’ailleurs. Ce n’est pas donc l’investissement dans le ciment qui peut donner tout d’abord naissance à des êtres humains de citoyenneté complète susceptible d’assurer la compétitivité dans un monde en perpétuelles mutations éonomiques, politiques, technologiques et sociales. Certains pays du golfe en est un exemple, des états riches économiquement parlant suite à leur possession de réserves inépuisables du pétrole, mais semble-t-il, ils sont impuissants tout d’abord  d’assurer leur sécurité et de garantir la formation de leurs populations sans faire recours à des compétences occidentales. Autrement dit, ce n’est pas la possession du pétrole ou de fonds en général qui fait d’un pays un état moderne et fort, c’est plutôt sa maitrise des technologies et des sciences elles-mêmes engendrées par un enseignement efficace et adapté aux temps modernes. 
Compte tenu de cet ordre d’idées, il est très rentable d’investir dans les ressources humaines, capital de base pour les pays en voie de développement, une thèse qui devient une conviction pour les sociologues futuristes. S’agissant de Nador toujours, il ne faut pas être intelligent pour pouvoir constater qu’il existe un écart poétique entre l’avancement de projets de constructions tel celui de Mar chica par exemple et l’avancée des mentalités qui des fois, faute de quoi agir autrement, elles ne sont pas stagnées mais elles régressent gentiment. Pourquoi on investit des sommes colossales dans le cadre de projets touristiques, ce qui a un intérêt économique incontestable, et on investit pudiquement dans le culturel ?  Peut-on bâtir une nation forte sans s’occuper de l’homme ?
Cela me fait penser à une conversation existentielle et philosophique par excellence entre Socrate et Montaigne sur les « dehors de l’homme ». Ont-ils tendance à changer ou non ?  Socrate donc, grand sage et philosophe grec disparu en 399 avant J-C, de son temple, il voulait bien croire à l’idée que plus on avance dans le temps, plus l’homme a de fortes chances et opportunités d’être meilleur. Hélas ! … la politesse ou la grossièreté, la science ou l’ignorance, le plus ou le moins d’une certaine naïveté, le génie sérieux ou badin, ce ne sont là que les dehors de l’homme, et tout cela change ; mais le cœur ne change point, et tout l’homme est dans le cœur. On est  ignorant dans un siècle, mais la mode d’être savant peut venir ; on est intéressé, mais la mode d’être désintéressé ne viendra point ».
Naturellement, l’argent n’a pas de cœur.
                             Dr. Mouman CHICAR               
                                   
       



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الجمعة 13 أبريل 2018 - 16:28 بعيدا عن السياسة